Allemagne, année zéro



– Roberto Rossellini ; 1947 –

Allemagne année zéro est un film tourné à Berlin au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Il met en scène une famille allemande essayant de survivre face à la misère. Edmund Kohler vit avec sa sœur Eva, son frère Franz et leur père dans un appartement partagé avec d’autres familles. M. Kohler est malade et doit rester au lit ce qui l’empêche d’aider les siens à subvenir à leurs besoins. Franz, le fils ainé est un ancien combattant rescapé des camps de prisonniers russes qui ne veut pas se faire déclarer par peur d’être capturé par l’occupant. Eva tente quant à elle d’aider sa famille, sortant le soir pour récolter des cigarettes et les échanger au marché noir. Elle n’arrive pas à se résoudre à la prostitution comme le font beaucoup d’autres femmes pour gagner de quoi survivre. Enfin, Edmund sillonne les rues dévastées de Berlin en quête de travail et de trouvailles à revendre sur le marché.

Une société divisée

Au fil du film, le spectateur se rend compte du climat ambiant : misère, peur, rancœur. Dans la collocation les familles se méfient les unes des autres et se souhaitent mutuellement l’échec. Dans les rues, la concurrence règne pour trouver des vivres mais aussi du travail. Edmund a moins de quinze ans et n’est pas accepté sur les chantiers, considéré comme un concurrent déloyal par les autres travailleurs. Il n’arrive pas non plus à s’imposer sur le marché noir et se fait arnaquer par ses compagnons d’infortune. Difficile pour l’enfant de se faire des amis dans cet environnement où règne le « chacun pour soi ».

Une ville pleine de dangers

La famine et la solitude guettent chaque individu dans Berlin en ruines. Il est important de se faire des alliés pour survivre dans ce climat hostile. Encore faut-il bien les choisir. Le jeune garçon rencontre par hasard un de ses anciens professeurs qui lui promet de l’aider à condition qu’Edmund l’accompagne dans son appartement. Très vite, l’instituteur se révèle être un personnage malhonnête et pervers qui veut attirer l’enfant dans ses filets. Il cache difficilement ses penchants et s’attire les faveurs d’Edmund en lui confiant une mission, celle de vendre un disque contenant un discours d’Hitler. La figure inquiétante du Führer est ressuscitée alors que son discours résonne dans les décombres de la ville. Il est dur d’oublier celui qui a embrigadé un peuple et sa jeunesse pour les mener à leur perte.
D’autres dangers guettent la famille Kohler : Franz est effrayé par l’armée russe, tandis qu’Eva considère les hommes comme une menace et une tentation : la prostitution en même temps qu’une rémunération.

Un combat entre les faibles et les puissants

La famille a du mal à lutter contre la pauvreté : trois cartes d’approvisionnement ne suffit pas à les maintenir en bonne santé. Les efforts d’Edmund et de sa sœur ne leur permettent pas de sauver leur père de la maladie. Ce dernier se voit comme un fardeau pour sa famille et répète sans cesse qu’il ferait mieux de mourir pour leur permettre de vivre. Devant tant de détresse, Edmund se tourne vers son professeur pour trouver une solution. Ce dernier rejette les demandes de l’enfant et lui adresse un discours sans pitié : en temps de crise, mieux vaut laisser les faibles derrière soi pour pouvoir survivre.
Ayant perdu tous ses repères, Edmund erre dans la ville en quête de réconfort mais est rejeté par les autres jeunes de Berlin. La caméra se concentre sur les jeux solitaires de l’enfant, son exploration des décombres. C’est comme observer un fantôme : l’enfant marche sans volonté ni joie de vivre.  A travers lui s’exprime tout un pays en cendres qui n’arrive pas à se relever, accablé par ses responsabilités mais aussi une crise économique et morale sans précédent.

Néoréalisme et noirceur

L’absence de narrateur ainsi que le fait que la caméra suive au plus près Edmund mais aussi Eva, nous plongent au cœur du film. Sans prendre de position, hormis peut-être au sujet de l’instituteur, R. Rossellini nous révèle toute la noirceur de l’Allemagne d’après-guerre. Le titre même du film porte une vérité implacable : une nation toute entière est à reconstruire et vit des années sombres faites de détresse et de tragédie. Edmund, principal acteur et témoin du film renforce l’impact de l’œuvre sur ses spectateurs. Même si la candeur du personnage apparaît par brefs éclats, sa maturité est le signal d’un dérèglement de la société dans laquelle il vit. Ces enfants-adultes qui parcourent les ruines du film sont des preuves vivantes d’une société perdant tout repère.
Toutefois, Edmund représente aussi paradoxalement l’espoir d’un renouveau. A travers sa naïveté et sa combativité apparaît l’avenir d’un peuple renaissant.



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