Hippocrate



Le serment d’Hippocrate est une promesse énoncée par le futur médecin qui s’engage à respecter des obligations légales, morales et éthiques. Prêter ce serment représente un rite de passage pour l’interne qui passe ainsi du statut de débutant et d’observateur à celui de médecin agissant. C’est cet apprentissage que nous suivons dans le film Hippocrate, réalisé par Thomas Lilti et porté par les acteurs Vincent Lacoste et Reda Kateb. Plein de réalisme mais également d’humour et de poésie, ce film révèle bien des surprises pour qui s’attendait à un film purement comique.

Une immersion totale dans le monde hospitalier

Filmée en huis-clos, l’intrigue est concentrée sur l’expérience de Benjamin, jeune interne qui effectue son premier stage dans le service de son père. L’immersion est donc complète pour le spectateur qui va vivre aux côtés du héros, découvrant ainsi les dessous cachés de l’hôpital, son organisation, ses modes de vie… Nous suivons donc quotidiennement Benjamin qui découvre peu à peu que le métier de médecin n’est pas aussi facile qu’il le croyait. Chargé de suivre dix-huit patients, celui-ci est occupé nuit et jour : rencontres avec les autres internes, contrôles des patients, tâches administratives font partie de ses nombreuses obligations. Vincent Lacoste, que nous avons déjà pu croisé dans les Beaux Gosses, campe ici le rôle d’un garçon motivé, attachant mais aussi très drôle, souvent à ses dépends. C’est avec naïveté et énergie que cet interne s’attelle à son travail et tente de sortir de l’ombre de son père mais également de celle de son co-interne : Abdel Rezzak. Plus expérimenté, ce dernier suscite la jalousie du héros avant de devenir son ami. Jeune interne algérien, il rêve de monter les échelons et de pouvoir offrir à sa famille un avenir assuré.

De nombreux portraits jalonnent ce film et permettent d’appréhender le monde médical à travers différents vécus. Cet environnement apparaît comme un monde en constant affairement, où tout le monde subit la même cadence effrénée et essaye de faire son job. Cependant, les difficultés économiques et restrictions budgétaires réduisent les marges de manœuvre et empêchent un diagnostic complet des malades. De ces nombreux obstacles découlera un événement tragique…

Un réalisme saisissant et émouvant

On pourrait croire qu’il serait difficile de s’attacher à un patient dans ce film intentionnellement rapide et mouvant. Cependant, un lien se crée avec deux d’entre eux. Le premier, M. Lemoine, alias « Tsunami » : un sans-abris alcoolique qui a tout perdu : sa femme, son fils, son travail. Son désespoir et son égarement touchent Benjamin et à travers lui le spectateur. C’est le premier cas difficile que doit traiter le jeune interne qui prend immédiatement les choses très à cœur. L’annonce de la mort de M. Lemoine va profondément affecter notre héros qui va alors sombrer dans un état dépressif et remettre en cause son rêve de devenir médecin. Le film raconte son cheminement à travers cette épreuve, et le soutien polémique que lui apportent ses supérieurs pour couvrir sa responsabilité dans la mort de Tsunami.

La deuxième patiente est Mme Richard, vieille dame entre la vie et la mort que l’hôpital tente de garder en vie. A travers son exemple se pose la question de l’indépendance du patient face à son propre traitement et également face à sa mort. Hippocrate se présente comme un film profond qui sait aborder de nombreux sujets polémiques.

Un engagement éthique et politique

Ce film s’attaque à différentes problématiques. Tout d’abord celle de la responsabilité des médecins dans la mort d’un patient. Benjamin est couvert par ses supérieurs, mais en ne révélant pas la vérité à propos du cas Lemoine, il brise son serment éthique : dire la vérité à une famille en deuil. Ce jeu de mensonges est plein de dangers pour le jeune interne mais également pour l’hôpital lui-même, responsable des erreurs de ses employés.

A cette question éthique s’ajoute également des revendications d’ordre politique et social. En effet, l’état déplorable du secteur de la santé est mis à nu dans ce film qui révèle le manque de moyens croissant des hôpitaux. La grève des employés est une manifestation de ce « ras-le-bol » général : trop peu d’investissements sont pourvus dans ce secteur, ce qui empêche un traitement décent des malades.

Enfin, il est intéressant d’assister aux conflits divisant les internes entre eux, en ce qui concerne notamment leurs origines géographiques et leur considération au sein de l’hôpital. Abdel Rezzak va chercher à obtenir justice pour ces internes immigrés qui sont dévalués par rapport à leurs collègues français.

Un film à voir

Hippocrate est un film ambitieux qui mêle différentes problématiques : éthique, politique, économique et sociale à travers le regard naïf de son jeune héros Benjamin. Teintée d’humour et d’innocence, cette œuvre nous permet de nous immerger dans le monde hospitalier et ses difficultés.

Une petite critique pourrait être apportée quant au caractère trop prévisible de ce film, qui manque parfois de profondeur. Il offre toutefois un point de vue original sur le monde de la santé. Le parcours initiatique de Benjamin apporte un contrepoids aux topos habituellement liés au métier de médecin : charisme, richesse, confiance en soi. A travers cette expérience, ce métier nous apparaît dans toute sa beauté et sa dureté, comme une « malédiction » portée par des héros du quotidien.



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