Prisoners



Troublant, saisissant, excellent, les adjectifs se succèdent pour parler du nouveau film de Denis Villeneuve : Prisoners. Ce thriller haletant est porté par des acteurs tels qu’ Hugh Jackman, Jake Gyllenhaal mais également Maria Bello.

Prisoners raconte la descente en enfer de deux familles, après le rapt de leur filles: Anna et Joy. Cette course contre la montre obligera le détective Loki, en charge de l’affaire, à démêler un labyrinthe complexe d’histoires et de suspects.

Un drame-thriller exaltant

Il serait réducteur de voir Prisoners comme un énième film sur le kidnapping d’enfants, bourré de clichés sur des familles en détresse et un détective-héros sans faille. Au contraire, ce film est un thriller humain, mettant à nu les failles de chaque personnage. Nul n’est à l’abri de l’échec, de la crise, le kidnapping affectant de manière différente et complexe chaque personnage. Ce thriller pose des questions essentielles : comment réagir face au kidnapping de ces enfants ? Les personnages se trouvent tous dans une situation de détresse, certains tombant dans un comportement quasi-amorphe, et d’autres luttant jusqu’au bout, usant de leurs dernières ressources pour retrouver Anna et Joy. Keller, le père d’Anna apparaît comme un personnage déterminé et pourtant très fragile, détruit par le chagrin. Au départ sûr de lui et confiant, prodiguant des moralités à son fils au sujet des comportements à adopter face au chaos, il sombrera lui aussi dans cette situation sans issue, où l’homme se fait animal, entrant en combat avec lui-même, et avec les autres.

De plus, Keller est un personnage très croyant, sa foi en lui-même est fortement liée à celle qu’il place en Dieu, comme si leur deux puissances combinées étaient invincibles. Néanmoins, sa conviction dans la nécessité du pardon face aux pécheurs, sera mise à rude épreuve dans ce drame haletant.

Ainsi, Prisoners est véritablement un drame psychologique, plongeant dans l’intériorité de ses personnages. Plusieurs tensions portent l’action, comme celle entre Keller et le détective Loki, deux hommes tentant de faire avancer l’affaire à leur manière. Le père de famille, toujours habitué à protéger les siens, tentera, avec une certaine naïveté, de mener son propre combat, jugeant les efforts de la justice inutile. Le détective Loki quant à lui, fera tout pour retrouver les deux disparues, essayant de découvrir la clé de cette enquête complexe. Deux visions de la Justice se font ici face : celles de la sphère familiale et celle de l’État. Le film semble mettre le spectateur devant une question primordiale : que feriez-vous dans une telle situation ? Ces questionnements psychologiques permanents, renforcent encore une fois cette tension presque épuisante, tant elle use les nerfs du spectateur.

Des acteurs talentueux

Prisoners est un film au casting extrêmement pointu, porté par des grands du cinéma : Hugh Jackman, Jake Gyllenhaal, mais également des acteurs moins médiatisés, tels que Paul Dano (principal suspect) ou encore Melissa Leo (sa tante).

Hugh Jackman, interprétant Keller, décrit son métier d’acteur par ces mots : « En tant qu’acteur on ne peut pas juger son personnage. Au contraire, il faut en tomber amoureux. En plus de le comprendre, il faut être en empathie avec lui ». Cet état de fusion entre acteur et personnage est visible pour chacun d’eux dans ce film. Tous semblent ne faire qu’un avec leur rôle.

Une attention particulière peut être portée au détective Loki, incarné par Jake Gyllenhaal. Ce dernier, selon moi, interprète l’un de ses meilleurs rôles, combinant retenue et fureur, espoir et peur, dans un jeu d’une justesse exceptionnelle. Loin d’exécuter le rôle conventionnel du flic-héros, sûr de lui et prétentieux, ce détective est un personnage humain, porteur de failles et de doutes immenses quant au succès de son entreprise.

Une mise en scène efficace, l’harmonie d’un thriller implacable

Ainsi, Prisoners apparaît comme un thriller complet, mêlant des acteurs doués, une trame efficace et très bien mise en scène. Le cadre tout d’abord, traduit très bien l’ambiance générale du film : haletante et angoissante. L’histoire se déroule dans la banlieue de Boston, dans des quartiers « banals », entre forêt et autoroute. La pluie est omniprésente, renforçant une ambiance pesante et mystérieuse. Denis Villeneuve, réalisateur, souhaitait faire un thriller « anti-spectaculaire », « d’ancrer le film dans une réalité ». Le réalisme prenant de Prisoners permet une réelle immersion du spectateur dans l’intrigue, et une meilleure identification aux personnages.

Le film repose sur des scènes épurées, complétées par de nombreux gros plans qui renforcent la tension éprouvée par le spectateur, mettant en avant certains détails, ou rendant plus mystérieuse encore l’action. Les bois jouent un rôle crucial dans ce film, espace mystérieux et angoissant, un obstacle face aux recherches des deux disparues. Ce paysage morne et grisâtre, nous donne l’impression qu’un secret hante ces lieux.

Enfin, la bande-son, composée par Johann Johannsson, joue également un rôle clé dans Prisoners. Bien loin du pathos, elle est efficace et parcourt le film discrètement, preuve d’une sensibilité aiguë de la part du réalisateur concernant son œuvre. Hugh Jackman, parle de celui-ci en ces mots : « Denis cherchait tout le temps à affûter le film à partir de cette intrigue centrale, entre drame et thriller. Sa sensibilité était vitale pour le projet ».

A voir également

Ce film m’a beaucoup fait penser à la série américaine The Killing, mettant en scène les acteurs Mireille Enos et Joel Kinnaman. Cette série est elle aussi basée sur l’histoire d’un rapt d’une adolescente : Rosie Larson. Ce kidnapping est le nœud d’une intrigue complexe, entre la douleur des familles, des jeux politiques, et le combat de deux détectives en quête de vérité. Si Prisoners vous a plu, The Killing est fait pour vous.



Une réflexion sur “Prisoners

  1. Pingback: One girl, Four movies #2 | camilletlecinema

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