La Belle Saison



– Catherine Corsini ; 2015 –

Dans les années 1970, les féministes s’éveillent et entendent secouer le joug qui les contraint au quotidien. Une histoire d’amour se tisse au cœur de ce mouvement de protestation : Carole a rencontré Delphine.

Un féminisme plein de vie

Delphine (Izïa Higelin) s’occupe de l’exploitation de son père, fidèle à ses obligations et respectueuse des traditions. Son arrivée à Paris brise ce quotidien fait de travail et de monotonie. La jeune femme vient en aide à une féministe, prise à parti par un homme en colère. A partir de cet instant, Delphine se lie au mouvement, ce qui va considérablement changer sa vie. La jeune femme s’affirme au sein du groupe, gagne en autorité et en charisme. Elle s’ouvre à un nouvel état d’esprit et prend conscience de l’importance des femmes dans la société et leur droit à l’égalité. Paris semble l’endroit rêvé pour ces découvertes personnelles, portées par le féminisme. Ses rues sont le théâtre de nombreuses manifestations pour des femmes en quête d’égalité tant sur le plan salarial que sexuel. Les nombreuses facultés de la capitale, leurs salles de cours et de conférence sont autant de lieux propices au débat et à la provocation.

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Carole, interprétée par une Cécile de France engagée et pétillante, semble être une des pionnières du mouvement. Son charisme séduit immédiatement Delphine avec laquelle elle va nouer une relation chaleureuse et sincère. Les deux femmes font partie d’un groupe engagé de professeures, d’étudiantes etc., bien décidées à faire bouger les choses dans un monde gouverné par les hommes. Leur mouvement se construit progressivement, traçant des lignes de conduite (défense de la femme uniquement, groupe interdit aux hommes…) et instiguant de plus en plus d’actions dans la société. Ces femmes possèdent toutes un caractère bien trempé et leurs débats sont agités, teintés de courage et de naïveté. Catherine Corsini filme avec simplicité les débuts de ce mouvement encore hésitant, qui se fraye tant bien que mal un chemin dans l’opinion publique. La réalisatrice montre les difficultés qu’ont ces féministes à s’imposer dans une société encore traditionaliste sur le plan du genre et de l’égalité des sexes. L’opposition entre ville et campagne ; représentée par la famille de Delphine, fortement patriarcale ; marque bien l’importance des clichés sexistes dans la France des années 1970. Pour cause, Monique la mère de l’héroïne, ne comprend pas son rôle crucial dans l’exploitation de son mari, et défend l’idée que la femme doit être subordonnée à celui-ci pour le bon fonctionnement de la production. C’est contre ce genre d’idées préconçues que se bat le mouvement féministe, comme tente de lui expliquer Carole lors de leur rencontre. On peut regretter l’image un peu facile de l’archaïsme campagnard s’opposant à la modernité de la ville, représentés tous deux par Monique et Carole.

Une belle histoire d’amour

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Delphine et Carole nouent rapidement une relation basée sur la séduction et le jeu. Une ambiguïté est présente dès leurs premiers échanges, assumée par Delphine mais encore ignorée de Carole. Cette femme engagée vit avec Benjamin, avec qui elle semble entretenir une relation amoureuse stable, basée sur la confiance. Il ne faudra pourtant pas longtemps pour qu’elle tombe sous le charme de Delphine, qui séduit avec courage celle qui lui plaît depuis le premier regard. Cécile de France campe une femme séduisante, ayant conservé toute sa beauté et sa fraîcheur, tant et si bien qu’on ne saurait lui donner d’âge. Sa jeunesse est présente tant sur son corps, révélé avec splendeur dans des scènes d’amour pleines de sincérité, que dans son caractère excentrique. Un amour passionné se noue rapidement entre les deux femmes, traduit par des scènes d’une simplicité efficace, même si un peu trop répétitives. Pour cause, ces scènes d’amour deviennent rapidement monotones et sans piment. On pourrait définir le film par ces mots : plein de bons sentiments, mais, à force, lassant.
Reprenons le fil de l’intrigue : Delphine doit quitter Paris du jour au lendemain, lorsqu’elle apprend que son père a fait un infarctus. Incapable de gérer la ferme toute seule, sa mère requiert son aide tant sur le plan moral que physique. Devant à cette séparation insoutenable, Carole décide de tout plaquer pour rejoindre Delphine. Elle abandonne ses croyances passées, jusqu’alors convaincue d’être une femme forte et libérée de ses sentiments, à l’image du mouvement féministe. Elle est alors loin de se douter de l’aventure dans laquelle elle s’engage en quittant Paris. Commence un périple long et harassant, tant pour les protagonistes que pour le spectateur : vivre un amour passionnel dans un environnement fermé, fait de préjugés et de méfiance.

Un amour mis à rude épreuve

Les premiers jours se déroulent sans encombre, marqués par le bonheur des retrouvailles et la beauté du paysage rural. Les plans larges se succèdent et nous offrent des images de soleil, de foin, de bétail… Les scènes de labours se répètent et retranscrivent avec justesse le cycle de production épuisant et monotone de l’exploitation. Des liens d’amitié se tissent entre Carole et Monique, deux femmes de caractère qui partage un amour commun pour Delphine, l’un passionnel l’autre maternel. Carole admire cette mère forte et courageuse, capable d’effectuer des travaux difficiles tout en s’occupant de son mari alité.

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Elle est cependant loin de se douter des préjugés haineux qui composent la morale de cette femme. Pendant tout son séjour, Carole doit cacher son amour pour Delphine, cette dernière refusant de se montrer telle qu’elle est : homosexuelle. L’héroïne refuse de confronter sa mère à une idée aussi « brutale » et préfère se cacher, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du foyer. Le climat finit rapidement par se dégrader entre les deux amantes, l’une ne comprenant pas les difficultés qu’a l’autre de révéler leur amour au grand jour. Une scène est révélatrice de cette rupture de l’idylle première. Filmée en plan large, elle offre un panorama de la campagne par temps d’orage, lorsque le ciel se voile et que le vent se lève. Les bottes de foin ont été recouvertes de bâches noires et forment un paysage lugubre dans ce crépuscule agité. Carole parcourt ce décor d’un regard las et noir, comme terrassée par les efforts moraux et physiques dont elle doit faire preuve chaque jour.

Delphine elle aussi est harassée par ce double-jeu : fille parfaite et travailleuse aux yeux de sa mère, amante passionnée dans le lit de Carole. Effrayée à l’idée que quiconque ne découvre son secret, la jeune femme panique et ne sait quels stratagèmes invoquer pour cacher son homosexualité. Antoine, son ami de toujours lui sert provisoirement d’alibi, avant que la vérité n’éclate au grand jour. C’est alors que toute la folie destructrice et haineuse de Monique se révèle. Noémie Lvovsky joue avec talent le rôle de cette mère intolérante, personnage excessif qu’il est difficile de supporter. Mise au pied du mur et confrontée à la véritable « nature » de sa fille, cette mère de famille réagit avec violence face à Carole perçue comme le diable. Le malaise s’installe dans la salle alors que la haine se distille dans les paroles de Monique. Difficile de soutenir de tels propos, alors même qu’ils font écho à une tolérance restée problématique à l’égard des communautés gay de notre pays. La Belle Saison traduit la difficulté encore actuelle pour certaines lesbiennes de s’accepter en tant que telles et de révéler leur amour au grand jour. Un film à voir donc, rien que pour cet éclairage d’une réalité encore peu abordée (à mon humble connaissance en tous cas).

En bref, mon avis sur ce film

Partie pour voir Mustang de Deniz Gamze Ergüven, qu’elle ne fut pas ma surprise lors de l’ouverture du film : une jeune femme montée sur son tracteur, labourant un champ. Comprenant, quelle perspicacité, que je m’étais trompée de salle, je décidais néanmoins d’y rester. La Belle Saison m’avait intriguée pour son affiche et son sujet : un amour entre deux femmes, dont l’une est campée par la belle et talentueuse Cécile de France, que j’ai peu eu l’occasion d’observer. Son interprétation ne m’a pas déçue, au contraire, bien que son rôle de prof décontractée et jeun’s sonne un peu trop cliché. Izïa Higelin est bonne elle aussi, en Delphine incertaine et encore immature, proie aux réactions puériles et excessives (citons les scènes de dispute ou de panique). Leur amour rend bien, simple, sincère, beau. Comme dit auparavant, les scènes d’amour sont un peu trop répétitives, sans originalité (celle du champ par exemple, n’apporte rien au film). Il a le mérite de placer sur un plan d’égalité l’amour hétéro et gay sur le grand écran, ce que l’on peut saluer. Cependant, La Belle Saison est sans grande surprise un film assez plat, beau mais sans piquant, qui ne marquera pas durablement mon esprit cinéphile. Le jeu est bon, les sentiments y sont, c’est un divertissement agréable mais sans prétention.



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