Les garçons et Guillaume, à table !

– Guillaume Gallienne ; 2013 –

Au sein de sa famille tout comme à l’extérieur, Guillaume détonne. Couvé par sa mère, persécuté par ses frères, le jeune homme cherche son identité alors même que tout le monde semble l’avoir fixée pour lui.

Le genre, thème central de l’œuvre

Guillaume Gallienne se fait réalisateur et se met en scène pour compter une part de sa vie. Narrateur et personnage principal de ce film, il confère à l’œuvre une voix à la fois douce et pétillante, pleine de sincérité et d’humour. Cette implication totale entraîne l’adhésion du spectateur et son attachement au personnage. On adore Guillaume pour sa fragilité, son égocentrisme et ses pitreries. C’est un jeune homme peu sûr de lui, qui aime observer les autres pour en tirer des modèles. Encore immature et émotif, il nous entraîne dans sa vie et se livre tout entier. Nous découvrons ses questionnements, jeux, désillusions, rêves. Les événements décrits sont toujours grossis, dramatisés à outrance par un personnage en pleine recherche de lui-même. Son humour vif, à la fois naïf et tranchant, font de certaines scènes un véritable plaisir. Une scène m’a marquée pour son absurdité et son humour : le repas avec Babou (François Fabian), grand-mère devenue sénile : notons l’inoubliable « Alors ça chante petite pupute ? ». Toujours respectueux, Guillaume ne peut s’empêcher de jouer avec les mots et d’encourager ce dialogue de sourds.

Cet humour piquant, Guillaume le tient de sa mère. La relation mère-fils est un point pivot du récit et de l’interprétation de l’acteur. Pour cause : Guillaume Gallienne joue à la fois sa mère et son propre rôle. Ce procédé rend les scènes partagées par ces deux personnages particulièrement jouissives et révèlent encore une fois le talent de Gallienne. Maman est une femme de caractère, intimidante à la fois pour les siens et ceux du dehors. Elle règne en maître sur sa famille et ponctue chaque réunion d’une phrase vulgaire et exaspérée. Ses répliques coup-de-poing ponctuent le film et y diffusent un humour amer et horripilant. Cette force de caractère fait l’objet de l’admiration sans faille de son fils qui l’érige en idole. Persuadé d’être une fille, Guillaume veut devenir une femme accomplie, sur le modèle de sa mère qui l’encourage avec égocentrisme. Elle qui n’a jamais eu de fille trouve en lui un enfant aimant et naïf, cherchant à tout prix à lui ressembler. Cette relation exclusive et malsaine pour l’équilibre identitaire de Guillaume, est basée sur l’amour et la peur. Peur d’être oubliée, de ne plus être la femme préférée de l’enfant au cas où celui-ci tomberait amoureux d’une femme. Pour éviter cela, Maman encourage et entretient cette vérité imposée à son fils : Guillaume est gay. Ainsi, c’est la famille qui a crée l’identité sexuelle du fils, sans même se demander si leur impression était légitime. Dès le départ, la question du genre et de la pression à la fois familiale et sociale est posée.

Constamment en quête de soi, Guillaume cherche à s’approprier l’identité des autres : celle de sa mère tout d’abord, puis celle de toutes les autres femmes qui l’entourent. A travers cette recherche se révèlent la capacité inouïe qu’a le jeune homme d’imiter son entourage. Guillaume se joue de ses proches en imitant parfaitement sa mère, ayant étudié depuis sa naissance les mimiques et expressions de cette femme-modèle. Tout le monde se laisse piéger jusqu’au mari de l’intéressée.

L’imitation peut aussi quitter le champ du réel pour s’installer dans l’imaginaire. Le soir dans sa chambre, Guillaume se transforme au gré de ses envies, tour à tour en Sisi ou en l’archiduchesse Sophie. On tombe alors dans une scène totalement grotesque, d’une drôlerie absolue : Gallienne imitant deux femmes au beau-milieu d’un salon de style XVIIIè. La justesse de ses mimiques faciales est impressionnante, devant laquelle le spectateur ne peut que rire. On observe le plaisir d’un acteur en plein jeu, qui mélange des genres et les embrasse successivement avec brio.

C’est ce talent qui fait de ce film un grand succès « populaire ». Sorti de la Comédie Française, Gallienne se veut accessible et fédérateur, à travers son humour mais également les thèmes de société qu’il aborde. « Cinéphiles » et grand public sont rassemblés autour de lui, adopté de par son caractère attachant et loufoque.

Drôle certes, mais aussi poétique

Le jeu est au cœur des Garçons et Guillaume, à table !, notamment grâce à la mise en abyme qui parcourt le récit, liant le one-man-show expérimenté avec succès dans la réalité, et la narration filmique. Le narrateur-acteur livre son histoire depuis la scène d’un théâtre, il s’offre à un public à la fois fictif (les spectateurs du théâtre) et réel (ceux qui se trouvent dans la salle de cinéma). Cette double exposition représente en quelque sorte une prise de risque encore plus grande et renforce cette proximité entre spectateurs et acteur. En effet, une relation de confiance se tisse entre ces deux instances, et donne l’impression d’une mise-à-nu complète du héros-acteur.

La sincérité est au cœur de cette œuvre autobiographique, ou du moins c’est ce qu’elle laisse penser. Gallienne fait preuve d’une auto-dérision exceptionnelle, révélant successivement les moments charnières de son identité sexuelle sous les yeux attentifs du public. Cette introspection « en direct » entraîne l’adhésion du public et son attachement au personnage.

Sincère, Guillaume est également sensible et poète. Il suffit d’observer son visage lorsqu’il parle des femmes, de voir ses yeux s’illuminer et un sourire béat se dessiner au coin des lèvres. Les garçons et Guillaume, à table !, c’est aussi une ode à la femme, qu’elle prenne les traits de Maman ou d’une parfaite étrangère. Rêvant de devenir une femme, le jeune homme observe celles qui l’entourent et décrypte leurs attitudes. Leur souffle, leurs cris, leurs expressions, tout semble susciter son admiration. Chacune de ces singularités l’émerveillent et lui servent pour dresser le portrait d’une femme idéale, exemplaire. La description que Guillaume fait des femmes est poétique et fait écho à la chronique littéraire tenue par l’acteur sur France Inter. Toute la beauté de son verbe se retrouve ici.

Acteur de sa vie

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La quête identitaire de Guillaume est le fil rouge du film, rythmée de coup de gueule et de révélations. Petit à petit, le jeune homme s’affirme, grandit, perd de sa naïveté et gagne en confiance. En embrassant ses peurs il parvient à s’accomplir et à s’affirmer. Surprise générale pour lui comme pour son entourage : Guillaume est hétéro. Tout au long de sa vie, il a été étiqueté « homosexuel », tellement bridé par cette affirmation qu’il n’a même pas cherché à la remettre en question. Différents regards viennent appuyer cette idée, dans la sphère privée d’abord avec une famille convaincue puis à l’extérieur, tant dans ses voyages que sa scolarité. Une pression s’est abattue sur notre héros depuis son enfance, son maniérisme et son sens du style étant automatiquement classés comme gay. Ce n’est que tardivement que l’évidence se révèle à ses yeux et lui permet de s’affirmer pour ce qu’il est. Dure épreuve que de l’annoncer à une mère récalcitrante qui se refuse à perdre sa fille et craint de ne plus être aimée. Grâce à cet échange, une problématique novatrice est insérée dans le film. Alors qu’habituellement le coming-out est automatiquement la révélation de l’homosexualité, elle concerne ici un homo devenu hétéro. Gallienne offre un contre-exemple efficace aux préjugés entretenus par notre société à l’égard des genres. En brouillant les pistes, il nous permet d’y voir plus clair sur la pression exercée constamment à l’égard de nos identité et sexualité.

Mon avis

Honte à moi, j’ai bien trop tardé à regardé ce film devenu classique de l’année 2013 ! Et quel bonheur de l’avoir finalement fait. J’aimais déjà beaucoup Gallienne pour ses chroniques radiophoniques, toujours réconfortantes et touchantes. Le retrouver sur l’écran m’intriguait et je n’ai pas été déçue. J’ai adoré son humour, à la fois simple et grotesque. Ça faisait une éternité que je n’avais pas eu de tels fous-rire devant un film. L’archiduchesse, le massage mais aussi toutes les interventions de Maman m’ont totalement conquise. Très belle interprétation de Gallienne, autant dans la sensibilité que dans l’humour. Chapeau !

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