L’Amour Anyways

– Xavier Dolan ; 2012 –

Professeur respecté et écrivain en plein ascension, Laurence semble également vivre le parfait amour avec Fred, jeune femme pleine de caractère et d’énergie. Toutefois, malgré ces apparences de réussite Laurence cache un lourd fardeau : en vérité cet homme d’une trentaine d’années se sent femme et souhaite enfin révéler celle qui se cache au fond de lui.

Un dur récit d’initiation

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Tout commence d’une façon idyllique, le spectateur est plongé dans l’intimité de Laurence, séduisant professeur en phase aussi bien sur le plan professionnel qu’amoureux. Son talent est enfin reconnu alors qu’il reçoit un prix pour son premier roman. Sa petite amie, éperdument amoureuse de lui le soutient de tout son être et partage ses fous rires et coups durs. Pourtant, au fil des scènes le visage de Laurence se fait plus crispé et peu à peu émerge un secret désormais impossible à conserver, celui qu’il a gardé pour lui pendant trente ans sans oser se l’avouer. Laurence désire être une femme et ne supporte plus de vivre dans le mensonge. C’est dans une séquence pleine de violence et de désespoir qu’il l’annonce à Fred, totalement déboussolée par la nouvelle. L’intrigue est posée et le film va désormais se concentrer sur l’épanouissement de cet homme en la femme qu’il a toujours voulu être.

Soutenu par Fred, Laurence va se jeter de plein pieds dans cette métamorphose. Sous les yeux de sa petite-amie se déploie sa nouvelle apparence. Maquillage, vêtements, perruque : la véritable Laurence se construit sous les yeux aimants et apeurés de Fred. Son amant devient progressivement une femme à qui elle donne des conseils et complimente l’allure. Au fur de sa transformation, Laurence s’épanouit et son bonheur plein de candeur est magnifique à voir. Melvil Poupaud est parfait dans ce rôle. A la fois fort et plein de failles, viril et touchant l’acteur déploie ici un jeu d’une grande diversité qui sonne toujours juste. Son interprétation est particulièrement touchante et conquiert totalement son public.

Au fil des transformations Laurence voit davantage d’obstacles se dresser en travers de sa route. Regards, menaces, violences sont le lot de ce transgenre affirmé. Alors qu’elle se déroule dans les années 80-90, cette épopée moderne est saisissante d’actualité. Elle retranscrit avec poésie et réalisme les épreuves qu’endure toute personne souhaitant affirmer sa véritable identité sexuelle. Loin d’être uniquement un long cheminement personnel, cette quête identitaire voit se mêler les sphères privées et sociales. Difficile d’affirmer sa vraie nature dans une société segmentée entre deux sexualités bien distinctes et semblent-ils immuables. Laurence Anyways est le récit d’un combat aujourd’hui encore nécessaire pour faire accepter les transgenres et leur normalité.

Une histoire d’amour magistrale

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Plus que le récit d’une métamorphose, Laurence Anyways est avant tout celui d’une magnifique histoire d’amour. Le couple Melvil Poupaud / Suzanne Clément est ici magistral. Une fois le choc de la nouvelle encaissé, Fred décide de suivre Laurence dans sa transformation et de soutenir celui avec qui elle a vécu une “histoire extraordinaire” dès leurs débuts. La jeune femme fait ici preuve d’une fidélité à toute épreuve et se révèle être le pilier central sur lequel s’appuiera Laurence. Malgré son amour et sa bonne volonté Fred n’arrivera toutefois pas à encaisser toutes les souffrances liées à cette transformation.

Xavier Dolan construit avec méticulosité le caractère de ses deux personnages principaux et leur donne un poids équivalent dans son œuvre. Cet équilibre traduit toutes les difficultés rencontrées par Fred devant la métamorphose de l’homme qu’elle aime. Peu à peu tout ce qui l’a séduit chez Laurence laisse place à une femme déterminée et inconnue. Face à cette nouvelle identité l’histoire d’amour liant les deux personnages s’étoffe et gagne en complexité. Une des grandes forces du film est sa capacité à peindre, avec force et sensibilité, cette histoire d’amour hors-du-commun. Avec le temps s’accumulent les concessions et sacrifices venant tour à tour renforcer et fragiliser un amour encore récent. Ruptures et retours forment un cercle infini qui lient les deux personnages d’un amour véritable. Laurence Anyways est une véritable claque qui se classe désormais parmi les plus beaux films d’amour qu’il m’ait été donné de voir. Sans niaiserie ni facilité, cette œuvre magistrale confirme le talent d’un réalisateur à l’originalité et la sensibilité sans pareilles.

La réunion de multiples talents

Ce cinquième film de Xavier Dolan est une déferlante de style et de talent. On y reconnaît bien la patte si caractéristique du réalisateur, faite d’une esthétique pop et léchée. La maîtrise des lumières et des couleurs est ici saisissante et séduit de par sa modernité. Les costumes font partie intégrante de ce style bien à part et alimentent le caractère “marginal” des multiples personnages de l’œuvre. Le côté rétro de ces derniers les rends atypiques et résolument attachants. La réalisation est encore une fois marquée par des prouesses dans l’usage répétitif des ralentis et des plans serrés. Tous ces éléments se combinent dans un flot de couleurs et d’images à couper le souffle. Encore une fois la musique fait partie intégrante de ce tableau vivant et sert à merveille le propos du film. Le réalisateur croise Céline Dion, Moderat ou encore Beethoven ; autant de titres résolument populaires qui résonnent en chacun de nous. Comme toujours le cinéma de Xavier Dolan se révèle être à la fois moderne et fédérateur, chaleureux et familial.

D’une longueur de deux heures quarante sans jamais être terni de langueurs, Laurence Anyways concentre un casting monumental. Le film est un véritable hommage à Suzanne Clément. L’actrice, fidèle compagnon de Dolan, est ici à son apothéose. Elle illustre avec talent tous les paradoxes qui torturent son personnage sans jamais tomber dans l’excès, même lorsque Fred se voit pousser dans ses derniers retranchements. On assiste ici à un hymne à l’honneur de l’actrice qui est portée au centre de tous les regards. La scène du Cinébal illustre parfaitement cette déification de Fred, dotée d’une aura inégalable.

Enfin, les personnages secondaires du récit sont également à distinguer. Que ce soit Monia Chokri, incarnant la sœur de Fred ou encore Nathalie Baye interprétant la mère de Laurence, toutes deux sont ici pleine de force et de prestance. Actrice au talent reconnu de longue date, Nathalie Baye ne cesse de surprendre. Elle donne ici corps à un personnage ambigu, mère à la fois aimante et froide qui ne sait sur quel pied danser avec ce fils incompris. Son jeu majestueux complète l’épopée de Laurence en y intégrant une relation mère-fils pleine d’une grande complicité.

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Mon avis

Ami lecteur, si tu as réussi à lire jusqu’au bout cette critique dithyrambique tu connais dores et déjà mon avis sur l’œuvre. Laurence Anyways a été ma claque de ce début d’année. Je l’ai regardée avec bien trop de retard, profitant d’un samedi pluvieux pour me pencher sur ce Dolan inconnu qu’on m’avait tellement recommandé. Et quelle claque ! Ça faisait bien longtemps qu’un film ne m’avait pas autant secouée. Les jeux de Suzanne Clément et Melvil Poupaud m’ont fait rire aux éclats, pleurer, espérer… Tant de sensations qui m’avaient manquées au cinéma. Impossible de ne pas m’identifier à Fred, de par sa sensibilité et sa détresse. Suzanne Clément offre ici une performance que je ne suis pas prête d’oublier. Merci Xavier, et à très vite, sur mon écran et dans mon casque.

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