One girl, Four movies #3

On continue sur notre lancée avec quatre nouveaux films visionnés cette semaine. Merci pour votre soutien, n’hésitez pas à donner votre avis éclairé et critiques avisés ! See u 🙂

  • Beyond Clueless de Charlie Line


Beyond Clueless est un documentaire consacré aux teen-movies américains des années 1990 à 2000. Ce choix original de compilation et de sélection permet au spectateur de se replonger dans ces quelques 200 comédies et de retrouver, au fil des extraits, ses émotions adolescentes. Grâce à ce procédé, l’oeuvre s’apparente à une agréable madeleine de Proust, pleine de punch et de souvenirs.

Il serait cependant réducteur de ne voir dans ce film qu’une ode gentillette aux films du genre. Divisé en cinq chapitres, correspondant chacun à une étape clé de la vie d’un adolescent, Beyond Clueless dresse un portrait réaliste de cette jeunesse en crise. Intégration et reconnaissance sociales, acceptation de soi, sexualité, entrée dans le monde adulte sont autant de points abordés par l’oeuvre à travers le prisme du cinéma américain.

Cette vision aiguisée, tant de la réalité que de son reflet cinématographique, est un des points forts de l’oeuvre. Retraçant sa propre expérience, Charlie Line livre ici un portrait doux-amer de l’adolescence et révèle l’influence cruciale que possède le cinéma sur la construction identitaire de cette jeunesse en plein construction. Au fil des extraits est dressé un constat à la fois risible et alarmant lorsqu’on prend conscience du poids de la morale puritaine pesant sur les différents personnages et intrigues des films. C’est la disposition des différents extraits et la voix du commentaire qui permettent de prendre du recul sur cette morale ambiante et de subvertir son message originel.

Plongée dans le passé et reflet du présent, ce film est un petit bijou à ne pas manquer.

  • Steve Jobs de Danny Boyle

Steve Jobs, héros de l’informatique

Entrer dans la vie d’un des hommes les plus emblématiques des XXè-XXIè siècles, tel était l’objectif du réalisateur britannique Danny Boyle. Le héros de son biopic n’est autre que Steve Jobs, génie de l’informatique et créateur des petits bijoux Mac qui ornent aujourd’hui la plupart de nos bureaux. Pour incarner cette épopée tant humaine que technologique, le réalisateur a choisi un casting grandiose, composé de Michael Fassbender, Kate Winslet et Seth Rogen (pour n’en citer que trois). Michael Fassbender arrive encore une fois à camper un personnage plein de contradictions, à la fois antipathique et touchant, froid et vulnérable.

Le film est construit sur une mise en scène originale et intéressante qui rappelle – de loin – celle de Birdman, parce que se déroulant elle aussi dans les coulisses d’un show en préparation. Notons également l’introduction d’effets visuels poétiques et spectaculaires faisant échos soit au discours du personnage soit à son passé (images vidéos projetées sur les murs, flash-backs, la scène de réunion et son jeu magnifique sur les contrastes et lumières, etc.). Ici nous arpentons, au fil de travellings énergiques, les dédales de salles de spectacles choisies comme vitrines pour exposer les innovations informatiques des années 84 à 98. C’est dans sa loge que Steve Jobs complète son discours, rencontre ses ennemis ou collaborateurs et vit – paradoxalement – sa vie de famille. Les sauts temporels nous permettent d’apprécier la montée progressive du génie dans les sphères de l’informatique, ses échecs puis son succès fulgurant au sein de l’entreprise qui l’a tour à tour édifié et rejeté : Apple. Malgré un jargon quelque fois complexe et technique, il est très intéressant de plonger au cœur des problématiques technologiques de l’époque et de voir que le système Mac que nous connaissons aujourd’hui, fonctionnant en circuit fermé et souhaitant toujours être à la pointe de l’innovation, avait déjà les mêmes prérogatives à sa naissance. On remarque ici l’apport du scénariste Aaron Sorkin, déjà présent sur le film The Social Network qui alliait lui aussi relations humaines et épopée technologique.

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Une aventure humaine avant tout

Créé dans un garage d’étudiant, ce système novateur a été porté jusqu’au succès grâce à la confiance et à la ténacité que son créateur avait en lui. Ce travail acharné de Steve Jobs est à mettre en parallèle avec celui de ses équipes mais également de ses concurrents qui ont apporté au génie de nombreux éléments sur lesquels baser son propre travail. Une des qualités de ce nouveau Steve Jobs est sa volonté de mettre en lumière ceux qui ont été laissés de côté au cours de la fulgurante ascension du génie de l’informatique. Ainsi, le personnage de l’assistante Joanna Hoffman, incarné par la fabuleuse Kate Winslet est-il aussi essentiel que le héros principal de l’intrigue. Pour cause le soutien sans faille, l’honnêteté et la ténacité dont a fait preuve cette femme à l’égard des idées de son meilleur ami et patron ont permis à ce dernier d’atteindre les sommets.

Cette femme lui a aussi permis de s’investir et de s’améliorer dans son rôle de père. Il est important de noter que la vie personnelle du génie n’est pas laissée dans l’ombre mais qu’elle est au contraire amenée progressivement au cœur de l’intrigue pour expliquer le caractère du personnage et son comportement envers ceux qui l’entourent. C’est la relation que le héros entretient avec sa fille unique Lisa, faille émotionnelle cruciale de cet homme jugé comme inhumain et inaccessible, qui permet au spectateur d’entrer dans le personnage et de lui vouer de l’empathie. Loin des projecteurs et de la confiance sans faille qu’ils lui confèrent, Steve Jobs se révèle être un homme sensible, torturé par son passé et son incapacité à aimer les siens. Cette part du récit ajoute à l’humanité de cet homme méconnu et séduit d’autant plus le spectateur.

  • Mediterranea de Jonas Carpignano

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Oeuvre fictionnelle aux allures de documentaire, Mediterranea retranscrit le quotidien difficile de deux migrants originaires du Burkina Faso. Le regard se focalise sur Aviya, jeune homme dynamique et plein d’espoir qui entend sauver sa famille de la misère grâce à son travail en Europe. La quête des deux amis est déroulée progressivement, au fil des destinations et des difficultés de déplacement. Le réalisme de l’oeuvre permet de se rendre compte des dangers encourus par ces hommes en quête d’une vie meilleure, prêt à tout pour atteindre la terre promise.

Ce réalisme s’accompagne d’une mise en scène et d’une esthétique classique et sobre, qui rappelle grandement le style documentaire, s’attachant au destin de deux hommes en proie au monde extérieur. Cette platitude est quelque peu décevante, même si elle est en parfaite cohérence avec l’intrigue du film. Le jeu des acteurs – attachant et touchant – relève ce défaut et encourage le spectateur à poursuivre l’aventure.

Difficultés économiques, dangerosité du périple, rejet social et stigmatisation sont le lot des immigrés d’Europe. Bloqués dans une petite ville d’Italie, nos héros se confrontent à la dure réalité d’un monde fermé, refusant de les accepter en son sein. Malgré ses longueurs et la simplicité de sa réalisation, Mediterranea est un film essentiel et brûlant d’actualités qui nous fait plonger dans le quotidien des migrants et leur difficulté à s’intégrer dans leur terre d’accueil – ou du moins ce qu’ils considéraient comme telle.

  • Sous-Sols de Ulrich Seidl (2014)

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Sous-Sols est un documentaire du réalisateur prolifique autrichien Ulrich Seidl. Cette oeuvre quasi-expérimentale plonge dans l’intimité des habitants d’une petite ville d’Autriche et en explore les caves et souterrains. Le regard neutre et objectif du réalisateur permet au spectateur de découvrir ce quotidien et de se forger son propre avis sur les pratiques, non-conventionnelles, de ces interviewés.

Surprises, malaise et humour grinçant sont au coeur du dernier film de l’artiste. Ce portrait intimiste d’habitants dérange, de par la solitude qu’il dépeint mais également de par l’étrangeté de ses personnages. Sado-masochisme, réunions nazies ou encore musculation forment le quotidien de ces habitants isolés. Ces existences cloîtrées, vécues dans l’ombre, sont le reflet d’une micro-société en crise, en quête d’idéaux passés mais aussi d’aspirations reniées par la société.

 

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