Pour l’amour des mots

Amoureux d’écriture, je vous présente aujourd’hui deux films qui se rapportent à la liberté de la presse et à deux vies hors du commun, tendues toutes deux vers cette défense de la liberté d’expression. Préparez vos yeux avisés, voici Oriana Fallaci et Cavanna !

  • Cavanna de Nina et Denis Robert

Documentaire réalisé à partir de documents d’archive ainsi que d’interviews récentes et passées, Cavanna est une oeuvre multiforme et collaborative. Au fil du film défilent les collaborateurs du journaliste et écrivain Cavanna, homme fort de la presse française. Ses parcours au sein de Hara Kiri et à la tête de Charlie Hebdo sont explorés tour à tour et livrent un portrait intimiste des deux journaux et de leurs équipes. L’impertinence de leur écriture, leur humour toujours sur le fil du rasoir et leur engagement constant sont ici réaffirmés.

Les visages défilent, des vivants comme des disparus, et avec eux de touchants souvenirs. Tous ces hommes parlent de Cavanna avec le même amour, le même respect du à un mentor qui les a défendu, eux et leur profession. Cette compilation de récits personnels et amicaux place le spectateur dans une ambiance intimiste et familiale, chaleureuse. Loin de l’objectivité habituellement exigée du réalisateur documentaire, Denis Robert se prend au jeu des interviews et se révèle lui aussi au fil du temps. Son admiration pour l’écrivain qu’il côtoie est évidente et explique le ton largement élogieux de l’oeuvre. Cet engagement rend le film d’autant plus humain et sincère. Il nous appelle à nous laisser aller nous aussi, pour un moment, à la contemplation d’un homme sans concession.

503253.jpg

Ce qui ressort le plus de ce portrait vivant, c’est l’humanité et la gentillesse de l’écrivain. Sa sincérité ressort de ses écrits, ponctués de « merde » et de « putain », sans pour autant se départir d’une vibrante sensibilité. Même si l’on est pas amoureux de Charlie Hebdo, des idées de son porte-voix ou de la plume de son équipe, il est difficile de rester de marbre à l’écoute de sa prose. L’espace d’un instant, se dessine une complicité entre spectateur et auteur, doux partage teinté de mélancolie. Pour cause, l’oeuvre résonne de voix désormais disparues, emportées par la – mort naturelle ou bien tragique, liée aux attentats du 7 janvier. Ces portraits mouvants de journalistes disparus sont comme des appels qui résonnent avec force face aux défis contemporains. Ils rappellent la nécessité absolue de la liberté de pensée et d’expression, valeurs pour lesquels le combat devient de plus en plus important, vital même.

  • Oriana Fallaci de Marco Turo

 

Oriana est belle, jeune, déterminée. Lorsque le film débute, nous la retrouvons à la fin de sa vie, luttant contre un cancer incurable. Sa rencontre avec la jeune étudiante Lisa, envoyée pour l’aider à organiser ses archives – vestiges d’une vie passée et foisonnante – est l’occasion pour le public d’entrer dans son existence. Le regard de ce dernier est porté par Lisa, admirative et humble devant Oriana Fallaci, journaliste de talent et de renom. Nous voguons avec elle dans un dédale d’archives qui traduisent la carrière monumentale de cette icône de la presse.

Guerre du Vietnam, dictatures iranienne et grecque, condition de la femme par delà les frontières : autant de sujets qui ont fait battre le cœur d’Oriana. La forme classique de l’oeuvre permet de retranscrire ces différents combat avec efficacité et sobriété. Nous voyageons avec la journaliste aux quatre coins du monde et découvrons ses engagement et son courage constants. Au cours de ses voyages s’enchaînent également les rencontres amoureuses de cette femme impressionnante, de par sa beauté et son intelligence. Ces récits, loin d’être superficiels, permettent de creuser plus en profondeur la personnalité de ce personnage complexe et distant. Ils sont aussi l’occasion pour l’actrice Vittoria Puccini de développer un panel élargi de son jeu, qu’il est nécessaire de saluer. L’appropriation de son personnage par l’artiste est ici époustouflante de réalisme et de sincérité. Tour à tour passionnée et froide, douce et autoritaire ; l’actrice dépeint avec brio les ambivalences et failles de l’héroïne.

321958.jpg

Femme de caractère et de talent, Oriana Fallaci s’est battue pour sa liberté d’opinion, en prenant soin de toujours défendre ses convictions premières. Fière d’être une femme et de s’être fait une place à force de travail et de persévérance, la reporter souhaitait étendre sa condition à toutes ses semblables. Sa plume et son objectif représentent de véritables armes au service de son discours et de ses opinions qu’elle n’a cessé de défendre tout au long de sa vie. Oriana Fallaci est l’admirable récit d’une femme engagée, fière et droite qui a su, de par son style et son caractère, porter plus loin la liberté d’opinion. Son combat, loin d’être stéréotypé dans ce film, est un exemple à suivre tant pour les femmes que les hommes d’aujourd’hui, parce que basé sur le courage et la conviction ; et porté vers la liberté de condition et d’opinion.

> Très peu objective sur ce coup, je vous conseille de voir ces deux films. Bien que très classiques sur leur forme et particulièrement élogieux par rapport à leurs héros (et donc privés d’une distance que j’apprécie généralement dans le cinéma documentaire), ils dépeignent la nécessaire défense des droits d’expression et de la presse. Nécessaires dans le contexte actuel (oui, c’est facile mais vrai), ils le sont d’ailleurs de tout temps, parce que traitant d’un sujet nécessaire.

A vos plumes vous aussi ! N’hésitez pas à commenter, à partager, à critiquer ! 🙂 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s