The Diary of a Teenage Girl : petite fraîcheur

– Marielle Heller ; 2016 –

Dans le San Francisco flower-power des années 70, Minnie adolescente de quinze ans découvre sa vie sexuelle et artistique.

Une œuvre à bras le corps

Tout commence avec une première fois : celle de Minnie, adolescente complexée et torturée. Première fois atypique parce que s’étant déroulée avec nul autre que le petit-copain de sa mère, le sexy Alexander Skarsgård, déjà repéré dans True Blood. C’est à partir de là que se déroule devant nous le récit autobiographique de Minnie, bien décidée à enregistrer son journal intime sur cassette. Ce procédé de voix-off permet au spectateur d’être immédiatement immergé auprès de l’héroïne et noue entre public et personnage une complicité évidente, quasi naturelle. C’est que Minnie est particulièrement attachante, dotée d’une personnalité paradoxale, entre maturité et naïveté, entre raison et inconscience. Bel Powley a su donner vie à ce personnage et le doter de ce côté “véritable” et touchant. Cette gaucherie mêlée à une aura résolument attirante fait toute la force de cette héroïne en devenir.

Construit sur le modèle du journal intime – comme l’indique son titre, évidemment – ce film raconte les expériences d’une jeune femme en pleine évolution, avide de sexe, d’amour et de reconnaissance. Les émotions de Minnie sont décrites par sa voix-off mais également à travers ses dessins, incrustés dans l’image. Ces croquis évanescents ponctuent le récit et lui donne cette touche à la fois vintage et adolescente ; un véritable atout plein de légèreté et de fraîcheur. Loin d’apparaître comme clichés, ces phases graphiques enrichissent l’œuvre et lui donne plus de cohérence. Ils permettent de rattacher le film à son œuvre fondatrice : le journal autobiographique de Phoebe Gloeckner , talentueuse auteure de bande dessinée.

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Avide adolescence

Sentiments, rêves et désirs sont la base de ce journal vivant, miroir de la jeune héroïne. À tout juste quinze ans, Minnie enchaîne les expériences personnelles, qu’elles soient liées au sexe, à la drogue ou encore à l’art. En plein développement, la jeune femme est curieuse et avide d’apprendre, surtout sur le plan sexuel. Cette quête rythme le film et conduit le personnage dans diverses situations, certaines étant drôles et d’autres carrément glauques. De ce récit de vie ressort une sincérité troublante qui résonne avec nos expériences personnelles et cette effervescence qui transcende chaque adolescent. L’héroïne est d’autant plus attachante que ses désirs nous renvoient à notre propre quête d’amour, d’affection et de sexe ; quête rendue d’autant plus essentielle dans une société cultivant la comparaison et la course au « mieux paraître ». Perdue dans ses désirs et dépassée par ses actes, Minnie n’arrive pas à rentrer dans le moule et à vivre une vie, tant professionnelle que sexuelle, jugée comme « normale ». En constante recherche personnelle, elle se perd et traduit avec justesse les turpitudes de la vie adolescente, faite de doutes et de limites à dépasser.

Cette gravité, fil rouge de l’intrigue, est toutefois allégée par le ton à la fois drôle et subversif de l’œuvre. Malgré quelques passages rudes, The Diary of a Teenage Girl reste le récit de vie d’une adolescente de quinze ans. L’humour est donc à son comble, fruit d’un comique de situations et de dialogues, incarné par des personnages tous plus loufoques les uns que les autres. Élevée par une mère complètement barrée, constante adolescente en quête d’amour et de folie ; Minnie s’est vue flanquée d’une petite sœur fouineuse et vieux-jeu avec laquelle elle partage des scènes particulièrement drôles et réalistes. Monroe, amant de la mère ET de la fille, est quant à lui un homme plein de contradictions, salaud en puissance, tour à tour attachant et détestable. Ce joyeux tableau, composé d’un casting finement sélectionné, confère toute son originalité à l’œuvre et la rend … jouissive !

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Touchant récit de vie

Confrontée à de lancinants questionnements intérieurs, Minnie l’est également au monde qui l’entoure et en premier lieu au chaos de sa vie familiale. Entourée d’adultes-adolescents, la jeune femme peine à trouver ses repères et se lance tant bien que mal dans la vie. Enchaînant les expériences – qu’on peut plus sûrement appeler expérimentations – l’héroïne nous embarque dans des soirées californiennes déjantées. Ce portrait d’une jeunesse en pleine essor, dopée aux ludes et à l’art est à la fois rafraîchissant et effrayant. C’est avec tristesse que l’on voit Minnie sombrer dans cet environnement paradoxal : néfaste et pourtant plein d’enseignements. L’héroïne grandit à travers ces différents épisodes et se construit en tant que femme. Elle prend conscience de sa valeur à la fois sur le plan personnel mais également du point de vue de ceux qui l’entourent. Le film décrit cette transformation difficile et en tire toute sa beauté. Sa touche résolument autobiographique fait que l’on s’attache d’autant plus au personnage de Minnie et à son devenir.

Malgré quelques longueurs, The Diary of a Teenage Girl est un film intriguant, surprenant et passionnant. Le jeu de ses acteurs permet à l’œuvre de ne pas s’essouffler et maintient l’intérêt de son public. Ce journal intime est frappant de réalisme et nous renvoie à nos propres doutes passés et présents qui sont ici dépeints avec beaucoup de finesse. Je recommande donc ce film, qui est rafraîchissant sans pour autant perdre de sa gravité. Son insolence et son originalité en font un must-see, sur le champ et en VOD s’il vous plaît !

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