Ciné Classics : Camille Claudel, tragique

– Bruno Nuytten ; 1987 –

Élève et amante de Rodin, Camille Claudel est l’une des plus grandes sculptrices de France. Inspiré des scénarios de Jean Gruault, Camille Claudel, premier long-métrage de Bruno Nuytten met en scène Isabelle Adjani et Gérard Depardieu dans une oeuvre tragique alliant art, amour et destruction.

La naissance d’une artiste

Couvée par son père depuis sa plus tendre enfance, Camille Claudel est l’ainée d’une fratrie de trois enfants. Petite fille, elle prennait déjà son frère Paul pour modèle et se servait de terre pour réaliser ses sculptures. Réprimandée par sa mère, elle tenait fermement à continuer ses travaux et affirmait son caractère tétu et autoritaire. Son frère Paul et sa soeur Louise, douée eux aussi de talents artistiques, ont grandi dans son ombre tout en la soutenant.
C’est à l’aurore de son succès que nous rencontrons Camille, occupée à voler de la glaise dans les carrières de la ville. La jeune femme loue un petit atelier avec son amie Jessie et modèle la terre des nuits durant, retranscrivant dans la matière l’image de ses égéries. Très rapidement, le spectateur fait la connaissance du grand sculpteur Auguste Rodin, venu rendre visite à Camille et son amie Jessie. Ce dernier est à la recherche d’élèves pour l’aider sur un projet de grande envergure : la réalisation d’une exposition grandiose à son honneur. Lorsqu’il rencontre Camille, Rodin est déjà intrigué par la maîtrise de sa future élève et semble également tomber sous le charme de la jeune femme. Leur collaboration s’ensuit rapidement et permet à Camille de développer davantage son talent.

Camille_Claudel

Camille Claudel est une histoire d’amour mais aussi un hommage à l’art de la sculpture. Directeur de la photographie sur plusieurs courts-métrages, dont Les Valseuses de Bertrand Blier, Bruno Nuytten possède un sens de l’esthétique évident. Essentielle dans la réalisation, la maîtrise des lumières l’est également dans la sculpture. Rodin enseigne à  Camille l’importance des angles et des ombres, de la position d’un modèle et de la lumière qui tombe sur lui. Le film se déroule au fur et à mesure de leurs travaux respectifs et certaines scènes sont une véritable ôde à l’art, lorsque la caméra tourne autour des statues des deux artistes et révèle leur perfection sous tous les angles. On prend également conscience de l’histoire de chaque statue, qui symbolise des moments clés de l’histoire d’amour entre Rodin et son élève. Ces oeuvres sont des témoins éternelles de cette passion qui, par delà les années, semblait inévitable.

Une histoire d’amour passionnelle et destructrice

Unis par une même passion, Camille et Rodin se rendent rapidement compte de leur attirance réciproque. Le film dépeint la naissance de cette idylle et sait garder une pudeur salvatrice par rapport à la passion unissant ces deux artistes. La mise en scène de cette histoire d’amour se limite aux regards, aux baisers et à une tension constante entre les deux acteurs. On ressent toute la puissance de cette relation sans pour autant en violer l’intimité. Le couple Adjani-Depardieu est ici saisissant d’intensité. Adjani plonge à corps perdu dans cette histoire et est stupéfiante de beauté et de candeur. En face d’elle, Depardieu incarne un Rodin plein de puissance et de retenu qui se laisse peu à peu emporter par le feu de sa passion.

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Les deux artistes s’enrichissent mutuellement, l’un apportant son expérience à l’autre, tandis que Camille apporte sa sensibilité au maître. Entâchée par la jalousie mais aussi par les différentes liaisons du sculpteur avec d’autres femmes, cette histoire passionnelle devient très vite malsaine. Enfermée à la fois dans cette histoire d’amour mais également dans l’emprise artistique que son professeur détient sur elle, Camille met à plusieurs reprises fin à leur relation. Alors qu’elle l’avait portée aux sommets de sa carrière et lui avait permis de se construire en tant que femme, cette dernière entraîne l’héroïne dans une tourmente de colère et de désespoir.

La Descente aux enfers

La rupture de Camille avec Rodin entraîne des conséquences sur sa vie à la fois professionnelle et personnelle. En coupant les ponts avec son maître, la jeune femme perd avec lui un réseau de bienfaiteurs et d’acheteurs. C’est pour elle le début d’une pénurie de commandes et de reconnaissance. De plus, sa situation de femme lui enlève tout crédibilité sur le marché de l’art et du travail. A titre d’anecdote, alors qu’un acheteur s’émerveillait devant une sculpturee de l’artiste l’annonce du statut de femme de sa créatrice a tout de suite rebuter sa volonté d’achat. Soutenue par son agent Morel, Camille fait plusieurs tentatives d’exposition pour fédérer un public. Ces essais se soldent malgré tout par des échecs et coupe davantage la jeune femme du monde extérieur. Persuadée d’être au coeur d’un complot fomenté par Rodin à son encontre, la sculptrice se mure dans sa paranoïa et entre dans une spirale autodestructrice. Convaincue que ses travaux font l’objet de vols constants, la jeune femme décide de les détruire et de les enterrer  dans diverses carrières de Paris. Cette perdition sur le plan artistique se traduit également dans la vie intime de l’héroïne.

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Cloîtrée dans un appartement miséreux, Camille sombre dans la folie et la pauvreté. Elle se coupe du monde et voit l’extérieur comme une menace. Famille et amis n’ont plus aucune prise sur elle et ignore à quoi elle dédie son temps. Son frère Paul, qui lui a toujours dévoué amour et admiration, s’éloigne peu à peu d’elle et s’interroge sur les causes de son échec. « Tout lui avait été donné pour réussir » se dit-il, alors qu’il établit le pronostic psychique de Camille avec un médecin. Le constat est sans appel : il faut interner la sculptrice, pour son propre bien. C’est sur cette fin tragique que se clôt le film, alors que Camille est embarquée par des infirmiers, elle n’aura plus de contact direct avec sa famille qui la voit s’éloigner dans une ambulance. C’est sur la voix-off d’Isabelle Adjani que sont décrites les déceptions de l’artiste qui souhaite retourner parmi les siens. Elle finira sa vie dans une maison de santé, oubliée du monde et de Rodin qui goûte à un succès international.

Pour conclure : 

J’ai été happée par ce film, dont l’importance accordée à l’art m’a particulièrement intéressée. J’ai beaucoup apprécié les jeux d’Isabelle Adjani – bien que souvent exagérés – et Gérard Depardieu qui ont su retranscrire l’histoire passionnelle qu’ont vécu leurs personnages. Malgré quelques effets clichés – fondus, ralentis, flous – l’oeuvre demeure efficace et touchante. Je la recommande à tous, pour l’éclairage qu’elle place sur cette artiste oubliée ainsi que pour le jeu de ses deux acteurs, récompensé notamment par un César de la Meilleure Actrice pour Adjani.

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