Une claque nommée Nocturama

– Bertrand Bonello ; 2016 –

Nocturama est une tragédie en trois actes, mettant en scène de jeunes terroristes bien décidés à mettre à mal une société qu’ils rejettent. Portée par un casting brillant, touchée par la grâce d’une mise en scène parfaitement maîtrisée et d’une image à tomber, c’est une oeuvre à vivre absolument.

Le premier acte est un exercice de style, maîtrisé, aiguisé, millimétré. On est pris en otage, observant sans comprendre les va-et-vient des jeunes terroristes. Petit à petit leurs intentions se dessinent, que l’on comprend malgré l’absence première de dialogues : ces gamins là sont déterminés, condamnant un monde qu’ils désirent saigner. Quelques flash-back permettent d’observer comment des jeunes aussi différents ont pu se liguer dans un projet tellement fou. On ne nous laisse toutefois apercevoir que le mode opératoire et non la pensée sous-tendant le crime.
Nocturama met en scène le terrorisme, mais un terrorisme sans nom, qui n’a qu’une seule volonté et nulle religion : le nihilisme. Pensée et réalisée avant les attentats du 13 novembre, l’oeuvre est signe d’un malaise, celui d’une jeunesse déboussolée qui ne sait vers quels modèle et idéal se tourner. Richesse, pouvoir, traditions sont les symboles auxquels s’attaquent ces héros engagés dans un combat tragique.

9h78

Tout le film est animé d’une énergie juvénile, en apparence instoppable, qui se traduit par une mise en scène fluide et orchestrale, organisée autour de multiples plan-séquences. L’immersion est totale dans la première partie de l’oeuvre, la caméra suivant le complexe dédale mis en place par les jeunes terroristes, agissant selon un timing minutieusement préparé. Une fois les attentats perpétrés, les héros se réfugient dans un magasin, lieu qui enclenche la deuxième partie du film.
Transformée en huis-clos, l’oeuvre passe d’une action frénétique au dévoilement progressif de ses personnages. Alors qu’il représente ce contre quoi ils ont lutté, ce grand magasin devient un lieu de fantasme et d’excès. Peu à peu on accède enfin à la personnalité singulière de chacun d’eux, alors qu’auparavant dominait l’entité uniforme du groupe. Un renversement s’opère et l’on peut enfin s’attacher à ces jeunes qui se révèlent innocents et attachants, laissant libre cours à leur fantaisie. Auparavant plongé dans l’incompréhension et tenu à distance de ces derniers, le public en vient à souhaiter leur réussite malgré la place qu’occupe actuellement le terrorisme dans nos angoisses. Cette seconde partie se fait poétique et esthétique alors que ses héros se parent de luxe et d’artifices, sans pour autant réussir à masquer leur fragilité. La bande-son est représentative de cette ambivalence, celle de personnages sombrant de l’euphorie à la détresse, emportant avec eux un public progressivement conquis devant de jeunes inconscients n’ayant pas mesurer l’importance de leur engagement.

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Le dernier acte plonge dans le thriller et jouxte le film d’horreur alors que le GIGN prend possession d’un refuge en apparence idyllique. Le monde réel tant repoussé fait brutalement irruption dans cet univers que la jeunesse s’était approprié. Sans jamais être moralisateur, Bonello nous fait observer une société en déclin, déchirée par une guerre intestine qui finira par tuer ses enfants. À nous d’assister au dénouement, impuissants et éprouvés comme dans toute tragédie. Une tragédie qui se mérite, comme l’énonçait Barthes, incontestablement.

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