Brooklyn à dos d’enfant

– Ira Sachs ; 2016 –

Brooklyn Village est un petit théâtre, une scène sur laquelle se tisse diverses intrigues et conflits et dont les héros principaux sont deux adolescents : Tony et Jake, heureuses victimes d’un coup de foudre amical. En toile de fond se met en le un problème crucial qu’est la gentrification des quartiers populaires de New-York dont Brooklyn est aujourd’hui emblématique. Mais sous nos yeux, ce qui se tisse progressivement, ce sont les relations humaines, leur beauté, sincérité mais aussi leur inhérente fragilité. Brooklyn sert de décors et de terrain d’apprentissage à nos deux héros qui se découvrent en même temps qu’ils explorent les rues du quartier. Ils nous font parcourir cet environnement au fil de leurs excursions et activités : balades, théâtre, danse, trajets en métros. L’œuvre d’Ira Sachs est pleine de mouvements, symbole de cette énergie qui meut la jeunesse ; et nous parcourons Brooklyn à travers le regard neuf de deux adolescents. Peu à peu, Jake s’émancipe, s’ouvre au monde et à l’Autre, grâce à Tony, d’une nature plus insolente et débrouillarde. Cette amitié vive et puissante est représentative de la jeunesse, période à laquelle tout semble possible et où la sincérité prime avant tout, se manifestant par des promesses et une complicité sans borne. Dans ce film, Theo Taplitz (Jake) et Michael Barbieri (Tony) forment un duo complémentaire et touchant, unis par la justesse et la simplicité naturelles de leur jeu, véritable bouffée d’air frais pour le spectateur.

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Version originale / Condor


Les relations entre adultes empruntent des chemins plus sinueux. Brian Jardine (Greg Kinnear) a perdu son père et décide d’emménager dans la maison de ce dernier, pour des raisons davantage financières que sentimentales. En bas de chez eux vit et travaille Leonor Calvelli (Paulina Garcia), mère de Tony et gérante d’une petite boutique de vêtements. Cette femme réservée et morne semble se méfier immédiatement de ses nouveaux voisins, conscientes des changements que leur arrivée va entraîner. Très proche du père de Brian, cette mère de famille s’était vu offrir un très faible loyer dans ce quartier en plein essor. Acteur dans de petites productions, Brian souhaite retirer de son bien les bénéfices nécessaires lui permettant enfin de contribuer au confort des siens. Ces deux intérêts contraires finissent rapidement par entacher cette relation tout juste commencée et mettre en péril l’amitié de Jake et Tony. On comprend bien vite que le titre originale de l’œuvre : Little Men, s’applique tout autant aux adolescents qu’à leurs parents. Empêtrés dans des questions d’intérêts contraires, ces parents peinent à communiquer et sombrent dans une hostilité réciproque. Ne sachant comment réagir, ils se braquent et mêlent à leurs problèmes deux adolescents déboussolés. Ces derniers s’emmurent dans le silence pour faire comprendre à leurs parents que ce conflit les touchent également. Couper toute communication est pour eux une manière de montrer aux adultes que cette dernière est essentielle et doit être rétablie pour surmonter le conflit. Leur idéalisme, propre à l’adolescence, irradie l’œuvre d’une douce aura et nous rappelle à notre enfance, lorsque pour nous aussi tout n’était qu’une question de jeux et de stratagèmes pour atteindre les objectifs fixés.

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Version originale / Condor


Brooklyn Village est un film plein d’humanité, qui porte ses personnages à l’écran et les laisse s’épanouir sous nos yeux. C’est comme si toute cette fiction n’en était pas une mais qu’une véritable intrigue, réelle, présente se déroulait devant nous. Ira Sachs a construit une intrigue et des héros très réalistes, les entourant d’une bienveillance qui transperce l’écran. Jake et Tony grandissent et se découvrent réciproquement, cultivant des rêves communs dans l’espoir de faire perdurer cette amitié si pure et sincère. Leur famille semble nous tendre la main, nous invitant dans leur intimité, comme d’hospitaliers voisins de palier. Malgré les défauts des uns et des autres, chaque personnage est attachant parce que plein de contradictions qui le rendent si humain et que le réalisateur met à jour sans jugement. Brooklyn Village résonne en nous et nous rappelle à notre jeunesse, bain de jouvence que nous offre ses deux personnages principaux, plein d’énergie et d’innocence.

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