Le Ciel attendra et moi aussi

– Marie-Castille Mention-Schaar ; 2016 –

Étonnant de voir une presse critique si unanime face à un objet qui se révèle plus didactique que cinématographique. Le Ciel attendra traite d’un sujet brûlant d’actualité, surchargé d’émotions et de questionnements : le djihadisme français, dont la cible privilégiée n’est autre que notre jeunesse. Cette période de nos vies où les changements tant physiques que psychologiques nous rendent fragiles et influençables ; où nos esprits se raccrochent avec espoir à divers idoles et idéaux. Dans ce film Marie-Castille Mention-Chaar s’attache à deux destins particuliers : celui de Mélanie, ado peu assurée et manipulable et de Sonia, déjà radicalisée, qui nous est introduite par un assaut du RAID. La réalisatrice démontre deux choix ambitieux que sont tout d’abord le sujet abordé mais aussi l’identité de ses deux héroïnes. On aborde ici le djihadisme à travers le regard de deux jeunes femmes tandis que la sphère médiatique mentionne majoritairement des suspects et condamnés masculins. Notons que Noémie Merlant et Naomi Amarger réussissent à tenir leur rôle, mariant maturité et justesse malgré la difficulté que leur impose le scénario et la surcharge émotionnelle supportée par leurs personnages.

2guy-ferrandisUGC Distribution


Se jouant des genres, l’oeuvre passe de la fiction au documentaire lorsqu’elle plonge dans le réseau complexe et malsain tissé par un djihadisme international et hyperconnecté. Tracés à gros traits, les stratagèmes d’embrigadement – vidéos, messages, musiques – sont d’une efficacité désarmante et inquiétante. Un des mérites du film est de montrer la rapidité avec laquelle le piège se referme sur ces adolescentes influençables, victimes de leurs crédulité et sensibilité. Théories du complot, images tantôt effrayantes et rassurantes forment un discours complexe qui finit par chasser toute rationalité. La réalisatrice met à jour ces discours cachés et trompeurs, répondant partiellement aux questions qui nous tourmentent actuellement. Encore une fois le fond est nécessaire et intéressant, alors que la forme manque de finesse. Mettant en parallèle le chemin de croix et la rédemption de deux adolescentes, Le Ciel attendra nous livre des scènes mélodramatiques et attendues qui finissent par noyer son originalité première.

Malgré une intrigue très prometteuse, ce film me laisse dubitative, partagée entre la déception et une cruelle indifférence. À mon grand regret devant un sujet si passionnant, la mise en scène, la finesse, les émotions attendront. M-C Mention-Schaar se perd dans des ellipses embrouillées qui noient intrigue et spectateurs. Face aux déceptions, il me semble toutefois important de soulever le jeu irréprochable de Sandrine Bonnaire et Zinedine Soualem, incarnant deux parents déboussolés dont le désespoir crève l’écran. Peu présent, Yvan Attal se montre particulièrement efficace, en venant à nous faire regretter le temps – trop long – que sa femme (Clotilde Courau) occupe à l’écran.

3guyferrandis
UGC Distribution


Pour clore donc, un film nécessaire pour son intrigue et ce qu’il révèle des procédés d’embrigadement employés par l’islamisme pour convaincre des jeunes en proie au doute. Important également pour le point de vue qu’il offre sur l’islam, religion prônant l’amour et la tolérance, bien distincte de son penchant radicalisé. La foi est ici représentée par la spécialiste de la déradicalisation Dounia Bouzar incarnant son propre rôle et dont on suit les consultations avec parents et victimes de l’endoctrinement. On peut toutefois douter de l’efficacité des méthodes employées, prodiguées à grands coups d’amour et de discours bien pensants qui frôlent le ridicule. Nécessairement partielle, cette oeuvre dresse le portrait de deux victimes peu ordinaires – des jeunes femmes converties, appartenant à la classe moyenne voire aisée – du djihadisme. Un choix signe d’originalité qui s’écarte cependant de la grande majorité des victimes de l’embrigadement. La réalisatrice fait ici preuve d’audace et montre que personne n’est à l’abri de ce fléau idéologique. Il est toutefois regrettable que sa narration, souvent grossière et mélodramatique, confère à l’oeuvre un manque de réalisme – décrié par les spécialistes – qui nous empêche d’être totalement immergé dans cette dernière.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s