Miss Peregrine…, conte enchanteur

– Tim Burton ; 2016 –

Bercé toute son enfance par les contes fantastiques d’un grand-père joueur et protecteur, Jacob est devenu un adolescent « peu ordinaire », isolé du reste de ses camarades. À la mort de son père de symbolique, notre héros décide de marcher dans les pas de ce dernier et de vérifier l’existence de Miss Peregrine et ses enfants bien particuliers. Direction le Pays de Galles, ses paysages déchaînés et son ambiance morose pour un voyage dans le temps inattendu.

Miss Peregrine… c’est d’abord la relation touchante et nostalgique liant un grand-père et son petit-fils, faite d’amours et d’histoires saugrenues, de confidences et de secrets connus d’eux seuls. Cette introduction nous rappelle Big Fish, dont l’intrigue est elle aussi basée sur le récit d’un vieil homme se remémorant d’inoubliables péripéties. Ici, Abe (Terence Stamp) conte sa jeunesse à un garçon émerveillé, agrémentant son récit de photographies représentant des enfants détenant des dons extraordinaires : lévitation, invisibilité, force surhumaine ; qui ne sont pas sans nous rappeler Freaks de Tod Browning. Alors qu’à première vue ces histoires semblaient purement inventées, romançant une période particulièrement noire de la vie d’Abe que fut la Seconde guerre en Pologne, nous plongeons rapidement dans un monde enchanté en compagnie de Jacob (Asa Butterfield aka Hugo Cabret), enfant « particulier » retournant parmi les siens.

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Ce dernier Tim Burton est plein de magie et d’enchantement, retranscrits à l’écran par des prouesses d’animation et des images à couper le souffle. Redonner vie au manoir abandonné de Miss Peregrine, remettre à flot un navire disparu façon Titanic ou encore immobiliser chaque nuit un bombardement font partie des tours de passe-passe orchestrés avec brio par le héros de notre jeunesse. S’attaquant au difficile sujet de la Shoah, Burton peuple son monde de métaphores, transformant de jeunes Juifs en héros hors du commun et leurs détracteurs nazis en monstres inhumains. Des entités plus puissantes encore vivent dans ce monde parallèle, dans ces boucles temporelles existant aux frontières du monde connu, les Ombrunes protectrices des enfants particuliers. Eva Green incarne ainsi une Miss Peregrine complexe, pleine de douceur et d’amour envers ses petits protégés mais redoutable envers tout élément perturbateur. Prête à tout pour défendre les siens, elle symbolise ces Justes parmi les nations qui ont risqué leur vie en vue de sauver des innocents.

Conte enchanteur, film de fantaisie et d’horreur, Miss Peregrine et les enfants particuliers nous fait plonger dans un monde à la fois lumineux et sombre où combattent des forces radicalement opposées. Métaphore de notre passé, l’oeuvre est pleine de poésie et de malice. La jeunesse de ses personnages et la légèreté de ses monstres, dont Samuel Jackson est représentatif : grotesque et savoureux à souhait. Malgré quelques ellipses maladroites et déconcertantes, ce dernier film burtonien tient ses promesses et nous replonge dans l’univers bien particulier du réalisateur, alliant artisanat, block-buster et auto-références pour un délicieux retour en enfance.

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