Mademoiselle de Park Chan-Wook

– Park Chan-Wook ; 2016 –

Hideko, jeune héritière japonaise, vit enfermée dans un manoir luxueux, perdu dans la forêt coréenne. Lectrice érotique, elle est soumise au joug d’un oncle lubrique et dangereux qui souhaite lui dérober sa fortune. Ambition partagée par « Le Comte », escroc rusé et charmeur, bien déterminé à manipuler la jeune femme avec l’aide de Sookee, nouvelle servante introduite au palais.

31c7-the-handmaiden-still-5
Bac Films


L’arrivée de Sookee déclenche une multitude d’intrigues que Park Chan-Wook déroule minutieusement au cours d’un triptyque ingénieux, chaque partie de l’oeuvre venant éclairer les deux autres. Cet art du détail se retrouve tout autant dans le fond que dans la forme d’un film prenant place dans des décors majestueux. Nous découvrons le palais à travers les yeux de la nouvelle servante, émerveillée par tant de richesses et bien décidée à conquérir la récompense promise. De style britanico-japonais, le manoir se décompose en une multitude de pièces, telle une maison de poupées au centre duquel se tient enfermée Hideko. Chaque lieu a son histoire, révélée au fil de l’intrigue, théâtre de grâce et de beauté mais également d’une violence indéniable, à l’image du jardin japonais où se dresse un cerisier majestueux, témoin des tragédies de ce foyer gangrené. À l’image de sa première narratrice, la caméra se fait vive, fluide et énergique, suivant les pas de Sookee et révélant les secrets de cette demeure, en particulier ceux de la chambre de sa maîtresse. Ici encore le réalisateur nous rend attentif au moindre détail : des gants et étoffes à profusion, une corde cachée dans une boîte, une paire de boucle d’oreilles convoitées. Autant d’indices qui nous plongent dans l’intimité d’Hideko sans pour autant nous révéler tous ses mystères…

a27b-the-handmaiden-still-1
Bac Films


Mademoiselle se joue des apparences et place ses personnages et spectateurs dans un dédale de manigances et de tromperies. Hideko (ensorcelante Kim Min-Hee), Sookee (touchante Kim Tae-Ri) et le comte (génial Jung-Woo Ha) tentent tous trois de tirer leur épingle du jeu à force d’alliances et de duos, alternant les manipulations pour mieux conquérir leur richesse et liberté. De ces multiples intrigues s’élève pourtant une relation surprenante, inébranlable, enfin sincère. En effet, Park Chan-Wook fait éclore une histoire d’amour entre ses deux héroïnes, conférant au récit une beauté troublante et jouissive. L’union charnelle des jeunes femmes, basée au départ sur le calcul de l’une et de l’autre, se révèle être une scène à la fois érotique et poétique, crue et pourtant pleine de grâce. Cette mise en scène contraste à mon sens avec l’exposition sans fard ni charme des ébats de La Vie d’Adèle. Le public, tout comme les auditeurs d’Hideko avant lui, est placé dans la position du voyeur, invité à contempler la jouissance des deux protagonistes. Cette scène d’une rare intensité scelle définitivement l’union de Sookee et Hideko, relation qui ne cessera de s’épanouir au fil de l’oeuvre jusqu’à atteindre son apothéose symbolique et esthétique dans la bibliothèque érotique. C’est là que le réalisateur donne toute sa puissance au couple féminin, révolté et magnifié, dans la scène la plus touchante de son œuvre, sublimée par sa bande originale. Lorsque les femmes renversent une domination masculine sexuelle et malsaine et que leur plénitude se fait communicative.

Oeuvre aux multiples facettes, alternant entre amour et violence, huis clos érotique et film d’horreur, Mademoiselle est une magnifique réussite. Assise sur un casting irréprochable, elle nous offre des décors et intrigues minutieusement préparés auxquels on se livre avec allégresse. Jouissance narrative – liant scènes de sexe, d’humour et d’amour – tant qu’esthétique, le dernier film de Park Chan-Wook est plein d’audace et de beauté. On en redemande.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s