Birth of a Nation, une sortie attendue.

– Nate Parker ; 2017 –

Bien que les deux œuvres soient homonymes, tout semble séparer Birth of a Nation de 1915 et celle produite et réalisée en 2016. Tout, sauf le contexte social qu’elles traduisent, celui d’une Amérique blanche, forte de privilèges garantis par l’esclavage. Un esclavage que Nat Turner, esclave éduqué et prêcheur souhaite ébranler, dans un premier temps grâce à sa foi et enfin par les armes. Pour qu’émerge enfin une nouvelle nation, celle d’hommes libres, non contraints par leur couleur de peau et une législation cruelle et injuste. Tout le contraire du mythe de l’homme blanc, affirmée avec verve par ses représentants du Sud des Etats-Unis et en particulier les membres du Ku Klux Klan fortement défendus dans l’oeuvre de 1915.

The Birth of a nation est un film à portée historique, qui nous plonge dans la plantation de coton des Turner, opulente et populaire famille blanche de la région. Une famille qui accueille en son sein l’un de ses esclaves pour lui enseigner la lecture, constatant avec étonnement qu’un enfant noir ait « de telles capacités ». Après quelques temps, Nat doit retourner parmi les siens et travailler dans les champs de coton, n’en oubliant pas pour autant son apprentissage. Ses connaissances lui permettent de devenir prêcheur et de gagner le respect de ses frères auxquels il tente d’inculquer des valeurs de tolérance et d’amour, selon des préceptes religieux que peu semblent entendre. Rapidement perçu comme un partenaire de choix pour contraindre son propre peuple, il est convié par son maître et ancien ami Samuel à venir prêcher dans les plantations d’autres propriétaires. Ces messes « entre noirs » visent à museler toute opposition grâce à des sermons imposant l’obéissance aux maîtres blancs, garants de la « sécurité » et du « bien-être » de leurs « protégés ». Autant de mots à mettre entre guillemets et dont l’ironie macabre traduit toute la cruauté de cette action. À travers ses visites, Nat constate des comportements de plus en plus violents portés à l’encontre des esclaves hommes, femmes et enfants affamés et épuisés. Accablé par tant de souffrance, il commence à prêcher des messages d’espérance, haussant la voix et appelant ses pairs à conserver leur foi malgré les ténèbres qui les accablent. Cette prise de conscience, jusqu’alors contrainte par une âme apeurée, déclenche un élan de révolte qui va bouleverser le cours de l’histoire.

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Soumis à une vie de violence et d’humiliation depuis sa plus tendre enfance, Nat est un homme brisé mais convaincu par les valeurs que lui ont inculqué la chrétienté. Porté par l’amour de sa famille, il tente tant bien que mal de communiquer à ses frères sa foi et son espérance en un avenir meilleur. Une foi largement ébranlée lorsque des hommes s’en prennent à sa femme et mettent délibérément sa vie en danger. Rongé par la haine, Nat décide d’interpréter la Bible différemment et de la considérer comme un ordre suprême conviant tout opprimé à prendre les armes pour briser les chaînes qui le contraignent et conquérir sa liberté. Cet élan salvateur, nous le ressentons également, ankylosés jusque là par un récit linéaire qui frôlait l’ennui. Un récit au cours duquel les tortures tant morales que physiques subies par les esclaves représentaient, malheureusement, les seuls rebondissements. Ce n’est que lorsque le soulèvement débute que mon intérêt s’est réellement manifesté, emporté par toute l’énergie et la hargne dont fait preuve Nate Parker en incarnant ce héros révolté. Poussés par l’urgence, les dialogues semblent alors plus sincères et moins attendus tandis que le rythme s’accélère et nous emporte, haletants.

Portant tout d’abord leurs coups à l’encontre des maîtres, les esclaves tuent ceux qui les ont torturé depuis tant d’années. Emportés dans leur élan, les révoltés mobilisent nombre d’hommes autour d’eux, convaincus que mourir libres est préférable à tout ce qu’ils ont pu vivre auparavant. Une séquence – que je pensais être la dernière avec soulagement – est ici remarquable et suit les combats. Elle représente ce qu’ont subi les esclaves en retour de leur soulèvement, les blâmes et massacres dont ils furent victimes, objet d’une haine décuplée des blancs. Ponctuées par la voix mythique de Nina Simone, ces images sont d’une cruauté déchirante, bercées dans un halo de lumière à la fois magnifique et irréel. Elles représentent à mon sens le plus beau moment du film, laissant place à un chant humble et criant de vérité . Elle succède à une bande sonore souvent trop mélodramatique et grandiloquente et nous frappe avec force de tout son désespoir.

Birth of a nation est le récit d’une révolte héroïque étouffée dans le sang, trente ans avant la Guerre de Sécession et l’abolition de l’esclavage. L’oeuvre conte un événement historique, portée par Nate Parker dont le talent ne saurait être minimisé. Son jeu, puissant et tout en maîtrise est l’une des forces majeures de ce film. Un film qui souffre de longueurs et de quelques facilités sans pour autant se départir de son indéniable nécessité. La dernière partie de l’oeuvre relève d’un talent et d’une sensibilité qu’il faut saluer et qui a su retranscrire avec force et justesse la naissance d’une nation partie prendre les armes à Jérusalem, exaltée par un meneur plein d’humanité et d’espoir.

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