Corniche Kennedy, plongeon mal amorcé

– Dominique Cabrera ; 2017 –

Un jour, alors qu’elle arpente la terrasse de sa villa, Suzanne repère au loin des jeunes qui se jettent de la corniche. Captivée par ces exploits, elle tente plusieurs approches vers ce groupe d’amis et finit par l’intégrer. Histoires d’amour, problèmes de drogue vont bientôt s’immiscer dans la vie de la lycéenne.

 

Corniche Kennedy, adapté du roman éponyme de Maylis de Kerangal est un film sur la jeunesse, ses rêves, ses erreurs. Une erreur que Marco répète au quotidien, chargé de surveiller les va-et-vient de l’un des membres influents de la pègre marseillaise. Alternant entre moments d’innocence en compagnie de ses amis, et ceux marqués par la peur et le danger lorsqu’il est « en service », Marco représente un personnage ambivalent, l’un des seuls qui soit travaillé avec précision par la réalisatrice. Il symbolise la dualité propre à Marseille, ville d’espoir et d’ascension sans cesse menacée par une chute brutale, un retour à la réalité mal amorcé. Cette intrigue adolescente se voit couplée d’une enquête policière, portée par des inspecteurs gauches et bien incompétents auxquels Aïssa Maïga et Moussa Maaskri peinent à donner consistance. Une enquête que l’oeuvre de Dominique Cabrera échoue à rendre crédible, elle qui tombe malheureusement souvent dans des clichés et des longueurs qui alourdissent sa narration. Son film peine lorsqu’il s’agit de traiter du pan réaliste de l’intrigue alors qu’il prend tout son sens lorsqu’il bascule dans la contemplation voire l’onirisme, symbolisé par la jeunesse et l’audace de ses héros mais surtout de ses paysages.

Car Corniche Kennedy c’est avant tout LA corniche, si célèbre à la ville phocéenne. Une jetée qui domine la mer sur plus de trois kilomètres, offrant un panorama aussi époustouflant pour les touristes que pour les habitants de la ville. Au bord du gouffre, un sentiment de vertige à la fois apeurant et enivrant, riche d’un plaisir sans borne. Se jeter dans le vide, c’est la promesse d’une liberté enfin atteinte pour ce groupe de jeunes de quartier, habitués des galères en tous genres. Sauter, c’est accomplir un rituel, perpétué depuis l’enfance, c’est affirmer encore une fois son appartenance au groupe, c’est frôler la mort pour en ressortir plus vivant. Sur les rochers, les corps brunissent, s’étirent, se meuvent avec gaucherie d’abord, puis avec aplomb et sensualité, pour disparaître dans un tourbillon d’air et d’eau.

Au fil des jours d’un été qui paraît infini, cette corniche devient un refuge, une maison pour la jeune Suzanne qui semble enfin se libérer des carcans de sa vie passée. La jeune femme s’épanouit, entourée de Marco et Mehdi, amis aimants, amis amants. Une relation complexe se noue entre ces trois personnages (Lola Creton, Kael Kadri et Alain Demaria, touchants et justes), traitée avec méticulosité et affection par la réalisatrice qui, ici, ne tombe jamais dans la facilité mais travaille à force de nuances, à petits pas. À travers cette amitié, la metteur en scène traduit avec brio la richesse culturelle et identitaire de Marseille, cette ville aux mille et un destins. Cette cité millénaire qui nourrit l’oeuvre de son architecture, de son identité, de son climat. Là est la plus grande réussite de la réalisatrice qui a réussi à rendre à l’écran tout ce que peut offrir Marseille aussi bien à travers ses paysages qu’à travers ceux qui l’habitent : sa vitalité, sa diversité, sa générosité.

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