Skull Island : beau film d’action en manque de profondeur.

– Jordan Vogt-Roberts ; 2017 –

En pleine Guerre Froide, le scientifique Bill Randa souhaite mener une expédition sur une île bien mystérieuse, située au beau milieu de l’océan Pacifique et cachée des regards par un continuel voile nuageux. Cet endroit surnommé Skull Island semble contenir bien des secrets que le chercheur et son équipe sont bien décidés à découvrir. Ils ne s’attendent pas à trouver d’aussi colossales découvertes, à la tête desquelles se trouve le mythique Kong.

Ce qu’on peut tout d’abord saluer dans Kong : Skull Island, c’est le travail impressionnant mené par ses superviseurs visuels qui ont su créer un univers fantastique d’une beauté à couper le souffle qui ne se départit jamais de son caractère menaçant. Pour cause, l’île de Skull Island est luxuriante, offrant une variété de paysages incroyable, des marais à la forêt tropicale en passant par des plaines désertiques et arides. Bref, une diversité naturelle particulièrement riche qui impressionne immédiatement spectateurs et personnages. Ces derniers survolent l’île depuis leurs hélicoptères, captivés par le gigantisme des lieux comme l’illustre la photographe Mason Weaver incarnée par Brie Larson. Venue chercher des images qui lui permettront d’informer le monde sur le mystère de cette île et par la même occasion tenter de gagner le prix Pullitzer, la jeune femme capture chaque instant de cette expérience privilégiée. Un rêve qui vire cependant rapidement au cauchemar alors que l’équipe se retrouve né à né avec Kong, bien décidé à défendre son royaume. Campé sur une hauteur inimaginable – quasi incroyable, dans le sens de qui ne peut être crue – le grand singe fait son retour et nous en met plein les mirettes. Sa taille, ses détails, ses mouvements sont l’illustration d’une véritable prouesse technique bien qu’ils rendent le singe quelque peu irréaliste et « hors de portée ». Présenté davantage comme une entité quasi divine, il détonne grandement dans cette aventure à hauteur d’hommes. Aux vues de sa taille et de sa supériorité, on se demande en effet comment un combat a pu s’engager entre l’équipe militaire venue accompagner la mission et le grand singe. Spectacle oblige, ce dernier a bel et bien lieu, continuellement nourri par le lieutenant colonel Packard, incarné par un Samuel L. Jackson fidèle à lui-même : vengeur et plein d’excès.

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Warner Bros France

Pour mener son expédition, Bill Randa s’est entouré de chercheurs talentueux pour l’aider à découvrir les secrets de l’île, ainsi que d’une équipe militaire tout juste sortie de la guerre du Vietnam. Alors qu’ils étaient sur le point d’être démobilisés, suite à l’abandon de cette guerre destructrice par les Etats-Unis, les soldats ont été enrôlés dans cette mission scientifique, chargés de protéger l’expédition et de la mener grâce à leurs savoirs et expérience. Nombre d’entre eux furent décimés par la première attaque de Kong, attisant toute la rancœur et la haine du Lieutenant Packard. Désillusionné devant la défaite inavouée de son pays face au Vietnam, il s’empare de cette occasion pour assouvir sa soif de vengeance. L’expédition devient ainsi une affaire personnelle pour ce lieutenant qui perd peu à peu tout sens des réalités, embarquant son équipe dans une épopée dangereuse, aveuglé par sa haine. On peut reprocher à ce personnage de manquer de contraste et de tomber dans le portrait cliché du vétéran de guerre, bien qu’il soit l’un des héros sur lequel l’intrigue se focalise le plus. Sa folie et son acharnement permettent toutefois de soulever une analogie non négligeable entre l’oeuvre de Vogt-Roberts et le mythique film de guerre de Francis Ford Coppola. Surgissant à travers la folie inarrêtable de ce vétéran, mettant à mal la sécurité des siens pour poursuivre une quête de vengeance, Apocalypse Now apparaît à de nombreuses reprises dans Kong : Skull Island. Que ce soit dans la remontée du fleuve, dans la virée aérienne des hélicoptères guidés par le chant entraînant des Stooges mais aussi dans son discours sur la guerre, le film de Vogt-Roberts multiplie les références à l’œuvre culte de Coppola. L’occasion pour nous de souligner la bande originale très pertinente de l’œuvre, entre musique hallucinatoire et chants contestataires, très représentative des années 1970 et qui insuffle un supplément d’âme au film.
Plongés dans la forêt de Skull Island, les soldats se rendent progressivement compte de la folie qui habite leur leader et des stigmates que leur a laissé la guerre. Au départ animés d’une violence incontrôlable, ils finissent par relativiser leur rapport à l’autorité et au combat, prenant du recul sur leur expérience en tant que militaires. Enfin, le rescapé Mallow, débarqué sur l’île à la fin de la Seconde guerre mondiale est l’exemple le plus éclairant de ce discours désillusionné et désormais pacifiste, prônant le dialogue plutôt que le recours aux armes. Une évolution qui met en lumière les dérives du monde militaire et de son système de valeurs.

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Au fil de l’intrigue, militaires et scientifiques vont parcourir l’île, rencontrant sur leur route une faune des plus hostiles. Créatures grandioses, les araignées, rampants et buffles géants forment une ménagerie extraordinaire et un danger permanent pour les rescapés de l’île. À l’image de Kong, ces monstres sont très bien réalisés et font preuve d’un grand réalisme, contrairement à leur « roi ». Travaillés avec détails, les lézards rampants semblent tout droit sortis des cauchemars du réalisateur et mettent à mal les nerfs du spectateur. Que ce soit lors de la scène du cimetière ou le combat final opposant Kong à son ennemi juré aka « le gros rampant », ces monstres offrent des moments d’exaltation très appréciables. Ils représentent toute l’attention qu’a porté l’équipe du film à l’univers de Skull Island et à son esthétique qui ont tous deux un magnifique rendu en 3D. Un souci du détail qui ne peut être que salué et qui contraste cruellement avec l’absence de profondeur des personnages de l’oeuvre. En effet, il serait bien inutile de vous énumérer les différents héros de cet opus tellement ils manquent de contraste et de personnalité, composants d’un « tout » sans saveurs. Tom Hiddleston et Brie Larson étaient attendus comme les grands héros du film mais n’ont que peu d’occasion de développer d’autres émotions que celle de la peur, embarqués dans une course poursuite constante qui n’offre que peu de place au dialogue. Seuls Jason Mitchell et Shea Whigham – qu’on a toujours plaisir à retrouver – ponctuent le récit de phrases cultes et pleines d’humour, miroir d’une relation complice entre deux frères d’armes. Samuel L. Jackson incarne quant à lui très simplement le rôle du lieutenant fou et colérique, héros somme toute bien plat. Seul Hank Marlow est remarquable, davantage travaillé que ses comparses. Doux sage aux apparences de vieux fou, ce vétéran de guerre a appris à connaître Kong et son environnement au cours de ses vingt-huis années de survie à Skull Island. Son histoire, faite d’exil et de renoncement, est résolument touchante, comptée par un John C. Reilly des plus convaincants. Entouré d’une tribu aborigène, il nous ferait presque (j’insiste fortement sur le « presque ») penser à une version fanfaronne et très édulcorée du Colonel Kurtz.
Côté grand singe, même constat. Émouvant en raison de ses réflexes de protection et de la relation qu’il tisse – encore une fois – avec l’héroïne principale, Kong n’en reste pas moins une entité mystérieuse dont on ne voit que le déchaînement de violence et de désespoir. On est ainsi bien loin du Kong de Peter Jackson qui avait fait du singe un personnage à part entière de son intrigue et pris en otage notre sensibilité de spectateur.

KONG: SKULL ISLAND

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Pour conclure, je ne saurais que vous conseiller ce nouvel opus de la saga Kong, à voir en salles pour ses effets spéciaux, son dynamisme et de nombreux moments d’humour et de frissons. Toutefois, n’entrez dans votre cinéma qu’avec une soif inconsidérée d’aventure et de beauté et laissez de côté vos attentes quant à la psychologie des personnages et de notre grand singe préféré. Savourez ce grand moment d’action et ne cherchez pas plus loin … Enfin, conseil d’amie : restez tout de même jusqu’à la fin du générique, une surprise de taille vous attend.

Camille Muller

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